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Quand le plastique s’emballe

Incassable, léger, isolant, étanche, souple ou dur, résistant aux déchirures ou à la corrosion, les performances du plastique sont telles que son champ d’utilisation s’est étendu à tous les secteurs industriels. Remplaçant le métal dans de nombreuses applications, le plastique, moins lourd et moins onéreux, a rencontré un succès commercial grandissant depuis ces 50 dernières années, et par voie de conséquence, il est désormais partout ! Partout certes, et qui plus est pour longtemps…

Un rapport publié à Davos la semaine dernière et fruit d’une collaboration entre le Forum économique mondial, la Fondation Ellen MacArthur, et le cabinet de conseil McKinsey & Co, dévoile pour la première fois les arcanes de l’économie du plastique et des emballages plastiques en particulier[1]. S’il s’agit de matériaux peu couteux et légers, qui dans de nombreux cas permettent des réductions à la fois d’émissions de CO2 et de déchets alimentaires par rapport à l’utilisation d’autres matériaux, le rapport intitulé « Une Nouvelle Economie du Plastique[2] » met en lumière une toute autre réalité.

Principaux types de résines et leurs applications dans les différents types d’emballages
Figure 1: Principaux types de résines et leurs applications dans les différents types d’emballages

Destiné à un usage presque exclusivement unique, les emballages plastiques ne sont collectés qu’à 14%, et lorsqu’ils sont effectivement recyclés les applications sont de qualité inférieure et ne font quoi qu’il en soit pas l’objet d’un second recyclage. Pour le plastique en général, les taux de recyclages sont loin d’atteindre ceux du papier (58%), du fer (70%) ou de l’acier (90%). S’il ne faut pas minimiser le succès rencontré par le recyclage de certaines bouteilles en plastique (PET) dans les économies développées, à l’échelle mondiale la moitié n’est tout simplement pas collectée. Autrement dit, la filière du plastique offre une parfaite illustration d’une économie linéaire qui verrait lui échapper l’équivalent de 80 à 120 milliards de dollars de matières plastiques chaque année, déplorent les auteurs du rapport. Un manque à gagner considérable auquel s’ajoute l’impact en termes de consommation de ressources fossiles entrant dans la fabrication des matières plastiques. Ainsi dans la perspective d’une croissance continue de 3,4% à 3,8% par an, telle qu’observée actuellement, il est fort probable, avertit le rapport, que la consommation de ressources fossiles pour l’ensemble de la production s’élève à 20% de la consommation mondiale, ce qui paraît considérable.

Portée par l’innovation, la production de plastique a été multipliée par 20 depuis 1964 pour atteindre les 311 millions de tonnes en 2014, et rien ne semble devoir venir freiner cette progression. Cependant ce succès mondial peine à cacher une réalité de plus en plus visible et dérangeante : émissions de CO2, pollution des écosystèmes, et des océans en particulier par des substances qui ne se dégradent pas ou qui sont potentiellement dangereuses… Des externalités qui pèsent de plus en plus lourd dans la balance. À tel point d’ailleurs, souligne le rapport, que les profits réalisés par l’ensemble du secteur des emballages plastiques n’excéderaient pas le coût des externalités qu’il engendre, qui s’élève à 40 milliards de dollars. Dès lors, si la production d’emballages plastiques poursuit sa course ascendante et linéaire, les effets négatifs induits se feront de plus en plus coûteux, irréversibles et impossibles à endiguer. Le schéma ci-dessous illustre les externalités négatives actuellement constatées et celles envisagées et met en lumière une perspective alarmante. En effet, sans action déterminante pour endiguer le cours actuel des choses, le rapport prévoit que d’ici 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans, en termes de poids[3]. Ce qui, dit autrement, reviendrait à déverser 4 bennes de plastique par minute dans les océans !

igure 2 : Les externalités liées à la production de plastique
Figure 2 : Les externalités liées à la production de plastique

Pourtant des solutions existent, mais leur mise en œuvre sera longue et nécessitera une refonte complète du système, prévient le rapport. Le défi se situe à l’échelle de la planète et appelle une coopération globale incluant gouvernements, villes, producteurs d’emballages, industries de biens de consommation, et ONG. Ainsi se dessine les contours d’une « Nouvelle Economie du Plastique [4] » fondée sur les principes de l’économie circulaire d’où les plastiques ne seraient pas jetés en fin de vie mais réintégreraient un cycle de production biologique ou technique. Dès lors, l’un des tous premiers défis à relever consisterait à concevoir en amont des polymères adaptés, trouver de nouveaux débouchés, créer un marché pour la fin de vie des plastiques afin d’accroître les volumes de recyclages et de réutilisation. Un premier train d’initiatives qui aura le mérite de limiter les dispersions dans l’environnement et de découpler la production de plastique de la consommation de ressources. Pour ce faire, les auteurs du rapport proposent la création d’une entité dédiée qui, dans le cadre d’un protocole mondial du plastique, coordonnerait les efforts pour établir un dialogue entre recherche, production et post-consommation et à terme développer des standards de production. Une initiative que la Fondation Ellen MacArthur envisage d’initier prochainement…

 Figure 3 : Ambition pour une Nouvelle Economie du Plastique

Figure 3 : Ambition pour une Nouvelle Economie du Plastique

Notes:

[1] Sacs de course, bouteilles, film alimentaire, boîtier CD, vaisselle jetable…

[2] « The New Plastics Economy. Rethinking the future of plastics » – le rapport est à télécharger ici

[3] Il y aurait actuellement plus de 150 millions de tonnes de plastique dans les océans.

[4] New Plastics Economy

 

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